mercredi 14 octobre 2015

6 ... (Saucisse)

Voilà, ce blog reprend du service (ce qui rime avec saucisse). Pas un mot depuis juin, vous vous en doutez, ce n'est pas le cœur mais le temps qui manque. Heureusement, Patricia est là pour me filer un coup de pied au derche. Elle est d'humeur joueuse, Pat, aujourd'hui. C'est qu'on est mercredi. Jour des p'tits n'enfants, du poulet / patates à midi, et des heures qui passent trop vite (ou trop lentement, selon le point de vue duquel on se place). Jour étrange où le parent est partagé entre la joie d'avoir sa progéniture avec soi, et l'envie irrépressible de fuir loiiiiiin après quelques heures passées avec elle. Jour où il faut JOUER, aux Playmo, aux Kaplas, aux 7 Familles, au Cochon qui Rit - encore - plus - voire - même - beaucoup - trop - hin - hin - hin.

Mercredi, quoi. Mais aujourd'hui, c'est moi qui joue. La règle du jeu fixée par Patricia : dire ce que m'évoque le chiffre 6, puis nommer 6 blogueurs, et leur attribuer un chiffre pour qu'ils fassent de même.

Bien sûr, je suis une vraie gosse. Et les règles du jeu, moi, j'aime pas ça. Les règles du jeu, c'est fait pour être contourné. Les règles du jeu, on les réinvente pour qu'elles nous arrangent. Epicétou.

Alors PAF ! Voici mon jeu à moi. D'abord parce que le 6, à part la saucisse (et mon âge mental), ne m'évoque rien. Et puis 6 blogueurs à nommer, c'est beaucoup, et je n'aurai pas la prétention d'en connaître autant. Et enfin oui, je suis une chieuse.

Mon chiffre à moi, c'est le 4

4, c'est notre commencement à nous. Un 4 mai, nos 4 yeux se sont croisés, les doigts de nos 4 mains entrelacés. Ils ne se sont plus jamais lâchés.

4 ans plus tard, nous avons sauté le pas de nos 4 pieds joints et emménagé dans le premier de nos 4 foyers successifs, dans une ville dont le nom est composé de 4 mots. 4 mots aussi pour notre destination suivante, et pour notre ville actuelle.

4 ans de plus, et de 2 nous sommes devenus 3. C'était fort, c'était beau, d'un enfant c'était une famille qui naissait. Nous nous sommes aussi pacsés. C'était impersonnel et très froid, la greffière pâle dans un box gris planté au milieu de la Salle des Pas Perdus. La poussette rouge, que nous avions réussi à caser dans ma 106 bleue, et notre bébé tout rose tout neuf détonnaient dans ce décor en noir et blanc.

3 ans de plus, et nous avons franchi le pas de 4. Notre 2ème, qui a fait 4, a pointé son joli nez en trompette lors du 4ème mois de l'année. Nos 4 mains ont façonné les 4 leurs.

4 ans encore, et aujourd'hui elles sont 3. 
4 ans de plus et nous voici à 5. 
4 petites mains caressent les 2 petites joues de notre 3ème petite fille.

Mon rêve à moi, c'est qu'elles soient un jour 4. Dans 4 ans ?


*******

Merci Patricia pour ce bel exercice, et les jolis moments à coucher sur le clavier.

Et puisqu'il me faut passer le relais, j'invite ... 
Marie Grain de Sel (pour lui faire faire une pause entre 2 billets sexos)
Paf le PAF parce que c'est comme ça
Ma voisine Ouiche Lorraine (qui en vrai n'habite pas en Lorraine, mais peut-être qu'elle porte des sabots) des Moukraines à la Glaviouse
Et puis c'est tout. Les gars, débrouillez-vous avec le chiffre 2.

 

jeudi 11 juin 2015

Ma grande.

Des billets sur toi, je pourrais en écrire des centaines, tant il y aurait de choses à dire. J'en ai commencé des milliers, sans jamais aller jusqu'au bout, sans les partager, griffonnés à l'encre rose sur un bout de carnet. Il y a trop à dire, trop à penser, trop à réfléchir, trop à remettre en question, mille fois, trop à angoisser et te regarder en me demandant si tu es heureuse.

Et demain, 7 ans déjà. 7 ans tout pile mais j'ai l'impression d’en avoir vécu le double à tes côtés. Tu as tout fait de moi. Une mère, une louve, une furie, une psy, une instit, une infirmière, un immense point d'interrogation. Je t'ai donné la vie, et toi tu m'as offert le reste, même ce que je n'imaginais pas.

Je te regarde grandir, jour après jour, question après question, et je ne peux m'empêcher de me revoir. De revoir tout ce qui a fait de mon enfance un souvenir pas très joyeux, plein de solitude, de rêverie, de trouille, de mille questionnements et de ce sentiment d'être à part. Je me demande si ces 7 années et les autres à venir te laisseront le même goût doux-amer, et ça me ronge un peu, beaucoup. Je voudrais tellement tout comprendre, tout apaiser, tout prévenir, te protéger si fort, de toi, de nous, des autres et de cette société moche qui nous entoure. 

Je sais ta fragilité, tes émotions puissance mille, ton sens de la justice. Je sais cet arbre dans ta tête, aux milles branches que tu voudrais toutes explorer, et le temps infini que cela demande. Je sais ton esprit qui vagabonde si loin que tu en oublies notre petit monde ici-bas. Je sais tes rires sans limites et tes pleurs tout autant. Je sais tout ça et je n'y peux rien.

J'aime ton air concentré, tes boucles folles, ton sourire énorme et tes dents pas parfaites. J'aime tes baisers sur mon gros ventre et quand tu touches pour savoir où est la tête du bébé. J'aime t'entendre lire des histoires et te voir mettre de la couleur partout avec application. Je ne le dis surtout pas mais j'aime t'entendre dire des bêtises et rire à gorge déployée avec ta petite sœur, comme ivre. J'aime te la voir embrasser si fort le matin avant de courir vers ton école et en oublier vos disputes. J'aime quand tu oublies ta pudeur et que tu nous offres des câlins et des je t'aime.

Je t'aime si fort et c'est parfois trop, mais ce n'est jamais trop finalement quand on a un enfant.

Je t'admire, aussi. J'admire ce don que tu as, cette façon de voir le monde et de t'émerveiller de tout, t'intéresser à tout, t'interroger sur tout. J'ai du mal à suivre parfois et le sentiment de ne pas t'arriver à la cheville, alors je potasse et je bachote pour être à la hauteur de tes attentes et ne pas te décevoir.
J'admire cette ténacité qui fait de toi une tête de mule, même si je râle parce que tu ne cesses jamais, jamais d'insister. J'admire ta mémoire éléphantesque et les souvenirs invraisemblables que tu ramènes souvent à la surface, bien que tu ne te rappelles jamais ce que tu as fait le matin-même à l'école.
J'admire tant de choses en toi et je te le dis si peu.

Avec toi, je suis intransigeante, je râle, je peste, je crie, je suis probablement l'inverse de ce que je rêvais d'être, avant. Avant toi.
Avec les autres, grands ou petits, ceux qui ne te comprennent pas, ceux qui ne voient pas en toi la petite fille exceptionnelle que tu es, tous ces gens même proches qui, simplement, ne savent pas, je peux mordre, maudire et détester. Je ferais n'importe quoi pour te protéger. 

Mais demain, rien de tout cela. Demain, tes 7 ans, ta fête, ton moment à toi, ta parenthèse enchantée. Juste tes yeux qui pétillent, où danse la flamme des bougies.

Ma grande, ma douce, mon crabe, mon zèbre, ma furieuse, ma moitié, ma chair. Ma fille.


samedi 4 avril 2015

Mars (et ça repart)

Il y a des jours comme ça, comme beaucoup en ce moment, où c’est dur, où on en chie, où on en chiale - la faute à ces fichues hormones qui ne retiennent plus rien. Où on est pris dans le flot et on ne trouve plus le temps, où on croit qu’on n’a plus l’envie. Où on se dit que si on écrivait, ce serait chiant comme la mort, et qu’est-ce que les gens en ont à faire de tes galères, ont-ils vraiment envie de lire tout le morose et les boules alors qu’on en prend bien assez dans la tête dès qu’on écoute les infos.

Et puis on se prend à raconter en riant aux collègues de boulot les âneries des enfants et notre crise d’hystérie du matin – soir – week-end / rayez la mention inutile / il n’y en a pas. On tourne ça à la blague et il vaut mieux en rire que de sortir encore les mouchoirs. Puis il n'y a rien d’autre à faire qu’à se marrer, puis des larmes de rire ça fait moins couler le mascara.

Alors voilà, on va rire, et recommencer à écrire, pour relativiser tout ça et se poiler un peu a posteriori, a posteriori seulement parce que sur le moment on continuera sans doute à devenir maboule et à avoir des réactions de hyène bipolaire.

Avec un peu de chance, vous me direz-vous aussi en commentaires ou ailleurs que c’est la folie chez vous, la faute au temps, aux hormones, aux gosses relous et aux nuits sans sommeil, aux rythmes scolaires de merde, au changement d’heure et au boulot qui s’accumule. On rigolera de tout ça, à en faire pipi dans la culotte, la faute à ce périnée mal rééduqué et à ces 5 minutes qu’on ne prend pas pour aller pisser (et qu’on n’aura jamais pour pisser TRANQUILLE).

Ready ? Go pour la rétrospective du mois de mars, sponsorisée par mes filles. Bien sûr, ceci n’est que le Maxi Best Of, j’en garde sous le coude pour un futur roman (mytho) (ou des séances chez une psy).

Les filles sont ravies d’avoir bientôt une petite sœur. Bien évidemment, elles s’empressent de nous le montrer chaque jour, avec délicatesse et subtilité.

La petite (que nous appellerons Spiderman pour préserver son anonymat), par exemple, essaie chaque jour de ménager sa maman fatiguée (et grosse et relou) :

  • En nettoyant elle-même avec le gant de toilette le sol qu’elle a tout à fait fortuitement recouvert de dentifrice en voulant le mettre sur sa brosse à dents (curieusement restée immaculée, ELLE)
  • En déroulant intégralement le rouleau de PQ, voulant très probablement faciliter la tâche de sa mère qui va aux toilettes environ toutes les 15 minutes (vessie comprimée oblige) et qui n’aura donc plus qu’à découper une partie des 5 mètres de papier rose qui serpente sur le sol (encore tâché de dentifrice BORDAYL)
  • En évitant à ses parents, ainsi qu’à ceux de ses copines de classe, de se coltiner un rendez-vous chez le coiffeur, se chargeant elle-même de sa coupe printanière et faisant bénéficier de ses talents artistico-ébouriffants ses camarades pendant que d’autres s’ennuient sur des activités totalement rébarbatives du style Géo-Coloredo ou peinture aux doigts. A côté, Edward aux mains d’argent est un petit rigolo. NB : la tendance 2015 est à la coupe-escalier.
  •  En lisant elle-même à sa grande sœur des histoires où les princesses « s’en battent les steaks » (sic)  (ouf, on s’est contenté des steaks)
  •  En soulageant ses parents de la corvée des lessives et du ménage inutiles. C’est vrai, pourquoi laver des fringues qui ne sont pas VRAIMENT sales ? Pourquoi nettoyer des sols où ne traînent que quelques (pelotes / crachats de) poils de chat et quelques (milliers de) miettes ? Faisons de ces corvées des corvées NECESSAIRES ! Elle a donc trouvé la solution, en pissant, au choix, dans sa chambre, dans le couloir, devant les toilettes, dans son lit à 3h du matin tout en baignant dedans jusqu’à 6h30 (pour laisser maman dormir), voire, top du top, à l’école, afin que les parents n’aient pas besoin de passer la serpillère. ENFIN des lessives utiles ! HALTE au gaspillage de l’eau ! Néanmoins, le rythme quotidien des changements / lavages de culottes - pyjamas - collants – draps - couettes devra être revu à la baisse, pour préserver tout l’intérêt des économies potentielles. 

Bien entendu, elle peut parfois, en dehors de ces moments de complet dévouement et de pure générosité, être amenée à manifester une légère contrariété à l’idée qu’un nouveau-né braillard et dépendant vienne lui chourer la place de « petite dernière à sa môman ». Contrariété qui se matérialise par quelques hurlements de chihuahua enragé doublés de coups de pied dans les portes et projection violente de tout jouet / animal à proximité immédiate (« meeeooooow ») pleurs discrets rapidement calmés par un enfermement immédiat dans la chambre avec bâillonnement et camisole de force gros câlin rassurant.

Quant à la grande, cet être absolument pas émotif pour un sou, elle garde sa zénitude en toute circonstance. Bien entendu, il y a parfois quelques signes. Bon, ok, on frôle régulièrement la crise d’adolescence. Mais à 6 ans ½, c’est l’âge non ? L’âge de la rébellion et de la moue boudeuse, de l’indépendance vestimentaire (aïe mes yeux), de la perpétuelle insatisfaction, des parents trop nazes, du 1er scooter, du … Oui, la précocité doublée d’une arrivée imminente d’enfant non désiré (par les autres enfants de la fratrie, cela va de soi) multiplie l’âge par 2, il faut le savoir.

Bref, cette grossesse passe comme une lettre à la Poste. Espérons qu’il en soit de même pour la future petite sœur et mon périnée le jour de l’accouchement (ou pas). 

Coucou les pieds !

Pour lutter contre la crise, je pense donc investir dans toute une série de bouquins censés préparer les enfants à l’impréparable : se faire gauler sa place par un être minuscule, rougeaud, sans un poil sur le caillou et hurlant, être dont personne ne peut sensément vouloir mais qui semble ravir ses parents, à en voir leur sourire niais et l’attention qu’ils lui portent. 

Une collection de livres à base de Tchoupi, Petit Ours Brun ou tout héros débile en-chan-té (l’andouille) à l’idée d’avoir un petit frère ou une petite sœur. M’enfin si quelqu’un me dégotte un exemplaire de « Spiderman devient grand frère », ou « Iron Man et sa petite sœur vont au marché », je pense que j’aurai encore plus de crédibilité. 

En attendant, je me contenterai du « Bébé Cadum » de Stephanie Blake. Simon le lapin a déjà connu son petit succès chez nous avec l’inénarrable « CacaBoudin » (qui se retient mieux que du Maurice Carême, sachez-le). Et un tour à la bibliothèque complètera nos lectures préparatoires (au pire).

Prout ! (Source : Amazon ©Stephanie Blake)

Quoiqu’il en soit, j’essaie de préparer mes filles mais je crois que j’en fais trop. Je crois par expériences (oui, je mets un « s » rapport au nombre de litres de pisse que nous avons épongés) qu’à trop vouloir anticiper, à trop vouloir leur en dire pour qu’elles n’aient pas de mauvaises surprises le moment venu, j’ai créé du stress et de l’angoisse là où il n’y avait peut-être même pas de questionnement de leur part. 

J’ai, entre autres, commis un matin l’erreur de leur expliquer que lorsque le bébé serait là, nous devrions nous occuper de lui, puisqu’il ne saurait rien faire, le boulet. Et que par conséquent nous aurions un peu moins de temps à leur consacrer. Les pipis, crises d’ado et autres joyeusetés qui ont suivi les jours d’après et qui m’ont amenée à les étriper questionner m’ont valu une réponse claire : « tu ne t’occuperas plus de nous, parce que tu n’auras plus le temps. » (et aussi « je veux pas de ce bébé, ça braille tout le temps et il va nous casser les oreilles et nous empêcher de dormir ». Hum. A qui le dis-tu.) 

Voilà. J’avais juste oublié de préciser que oui, nous aurions néanmoins du temps pour tout le monde, que oui, le bébé dormant une bonne partie de la journée (je sens que je m’auto-porte la poisse là) nous en profiterions pour jouer, et que oui, quoiqu’il arrive nous serions toujours, toujours là pour elles. Les choses ne vont pas de soi pour les enfants, surtout quand elles ne sont pas dites, et surtout pas quand ils sont très jeunes et/ou hypersensibles
 
J’ai fini par prendre le parti de leur faire oublier cette grossesse, même si mon gros bidon peut difficilement passer pour un abus de cassoulet. Et d’arrêter de leur parler d’un événement si lointain et impalpable pour elles. De simplement leur rappeler qu’aujourd’hui, il n’y a qu’elles, et que c’est à elles seules que nous nous consacrons. Que je vais bientôt m’arrêter de travailler, et que nous en profiterons, rien que nous. Et si elles décident qu’aujourd’hui elles n’aiment pas ce bébé alors que tout le monde leur répète qu’elles doivent trouver ça génial, eh bien elles ont le droit, hein, de trouver ça trop naze. De ne pas aimer ce truc qui n’existe pas encore mais qui prend décidément beaucoup de place. Et que le jour venu, elles verront. Elles ressentiront des choses, dans leur ventre et leur petit cœur. Et qu’elles réagiront comme elles le souhaitent, et à leur rythme. Qu’il n’y a aucune obligation, et que désormais, on les laissera tranquille avec ça.

Plus une goutte de pipi depuis. Des petites (hum.) crises, toujours, bien sûr, comme chez tout le monde. Mais rien de comparable. Ouf. 

Sages, je vous dis.

Pour finir avec ce mois de mars bien (trop) chargé, ma grande a fait son passage en CE1 il y a 2 semaines. Le maître a estimé avec notre accord et celui de la principale intéressée qu’il était temps, qu’elle en avait les capacités, et qu’elle avait tout à y gagner ou du moins rien à perdre. Nous avons tous dit oui. Un nouveau programme, de nouveaux apprentissages, de nouveaux centres d’intérêt pour elle surtout, qui lui permettront peut-être déjà de ne plus s’ennuyer en classe (et conséquemment de ne plus taper la discute en plein milieu du cours à ses camarades ou ne plus répondre à leur place quand elle estimait qu’ils mettaient trop de temps – 10 secondes, c’est long.) 
14 semaines de CE1, sans changer de classe ni d’environnement (merci la classe à double niveau), dont nous ignorons si elles seront suffisantes pour engranger toutes les notions essentielles qu’on y apprend. Wait and see, elle prendra le temps dont elle a besoin. Nous ne sommes pas pressés qu’elle rentre à la fac, de toute façon.

Voilà. Je crois que mars a été le plus long mois depuis bien longtemps. Il se termine enfin, ce n’est pas pour me déplaire. Avril, les fleurs, le retour timide du soleil et de la douceur printanière … pile ce qu’il fallait pour recharger les batteries. Bon, aujourd'hui c’est Pleine Lune … Hum.

Je vous laisse, j’ai chocolat.

"Des magnoliaaaaaas" etc ...

mercredi 28 janvier 2015

33

"Ouvrez la bouche, tirez la langue, dites 33 ..." "Euh, Docteur, on ne dit pas haaaa d'habitude ?"

Non, aujourd'hui on dit 33. On sourit 33, on mange 33, on boit 33 mais un seul verre suffira. On vit 33.

Aujourd'hui je dis 33, et je suis heureuse de le dire. Des années durant j'ai appréhendé les fêtes d'anniversaire, la boule au ventre et l'envie de me planquer six pieds sous terre. Je n'avais pas envie qu'on me souhaite de passer un nouveau cap alors que je ne savais pas où j'allais. Aujourd'hui je dis 33 à qui veut bien l'entendre et je taille une route qui me paraît si belle.

Je dis 33 et c'est derrière moi, les 31 et les 32, les années qui tanguent et qui se cognent contre les murs, les gadins qu'on prend parce qu'on a fait semblant de pas voir les ornières. On se relève, on se frotte les genoux, ça a saigné mais on s'en fout, c'est fini maintenant. On enlève les petits cailloux qui se sont incrustés, faudrait pas que ça s'infecte. Pas de pansement, ça sert à rien, ça cicatrise mieux au grand air. Un bisou magique et c'est guéri.

Je dis 33 et je rêve que j'arrête de rêver, que mes 33 ans me prennent par la main et me poussent loin, loin, où l'on arrête de douter et où l'on ose enfin. Qu'ils me fassent cesser les "ce serait chouette si ..." et que ce soit chouette, demain, tout de suite, maintenant. Je dis 33 et je dépose le permis de construire mes rêves en vrai.

Je dis 33 et c'est une année compte triple, je baisse les yeux sur ce ventre déjà bien gros pour le terme, ça fait des bulles là-dedans et je suis déjà loin, loin, je suis déjà à 3, à 5, à mes mains qui ne sont plus assez mais à mon cœur et mes bras qui ne demandent qu'à se remplir un peu plus. Je suis loin devant le miroir à contempler mes cernes et mes cheveux blancs, à sourire de mes yeux fatigués à ce visage qui a simplement vécu. Je suis là devant les photos d'il y a 10 ans enviant le teint lisse et frais de la jeune fille souriante, mais pourquoi sourit-elle, elle ne connaît pas encore le bonheur absolu.

Je dis 33 et j'ai l'impression de renaître. Je me retourne et je ne regarde que le meilleur et ce qui nous fait avancer. Certaines choses sont floues, mais le reste, c'est éclatant, ce sont des rires, des sourires édentés, des premiers cris qui en ont précédé bien d'autres, des "caca-prout" et des "je t'aime fort Maman", des câlins par milliers, ce parfum de nouveau-né inoubliable et qui me chavirera encore bientôt. Ce sont des regards et de l'amour à deux parce qu'il en faut tellement pour être cinq.

Je dis 33 et que c'est chouette d'en être arrivée là.

Mon 1er cadeau © Mia Poulain



mercredi 7 janvier 2015

Je suis Charlie

Ma tristesse ce soir est infinie, la boule au ventre et la gorge serrée.

Ces mots repris mille fois, scandés en silence, en signe de deuil et de rébellion, je les fais miens. Tout cela peut paraître vide de sens, mais pourtant c'est vrai : je suis Charlie.

Quand je ris, je suis Charlie.
Quand je m'exprime, je suis Charlie.
Quand je m'insurge, que je hurle, que je pleure mais qu'il vaut mieux en rire pour le supporter, je suis Charlie.
Quand je dis tout haut ce que je pense, ce qui me prend aux tripes et que j'emmerde le consensualisme et les opinions contraires, je suis Charlie. Nous sommes tous Charlie.

Dans un monde où la violence et l'intolérance n'ont de limite que la folie de ceux qui les portent, que pourrons-nous dire, écrire, dessiner, chanter, crier, sans crever, sans crever de peur pour nos gosses et l'avenir qu'on leur prépare, sans crever de peur qu'on nous achève ?

Sans liberté d'expression, nous ne sommes rien. Relégués au rang d'animaux, moutons parmi les loups.

Ce soir, des familles ont perdu leurs proches. Nous avons perdu la voix. Un instant seulement. 

Pour Charlie, pour ces gens qui se sont battus à coups de crayons, nous la retrouvons, plus forte, plus claire. Nos voix en une seule.

JE. SUIS. CHARLIE.



mercredi 17 décembre 2014

Hibernation

Un mois déjà sans écrire ici, je crois que je n'étais jamais restée silencieuse aussi longtemps. Ce n'est pas l'envie qui manque, non. L'envie est là, toujours. J'ai des bouts de billets commencés sur mon clavier, commencés dans ma tête.Ils ne demandent pas grand chose pour être terminés. Ce n'est pas l'envie qui fait défaut. C'est l'énergie, plutôt. 

Mon corps est comme moi, il tire la langue en cette fin d'année, il voudrait bien accélérer dans la dernière ligne droite mais il n'y arrive pas. Alors pour une fois, je l'écoute, mon corps. Je me limite à l'essentiel : manger, travailler, dormir. Les enfants, bien évidemment. Ils sont mon essentiel. L'écriture sera pour plus tard.

J'ai lâché pour un temps ma #teamrunning, pour un temps seulement. Tant pis pour les progrès, tant pis pour le challenge, tant pis pour mes baskets fluos et mes tenues dépareillées. Tout cela attendra. Tout cela attendra bien l'hiver, ou le printemps.

Les vacances sont bientôt là, elles aussi se font attendre. Quel bonheur bientôt d'oublier les réveils, les cartables, les bus et la pluie, les "vite vite" et les "on est en retard". Noël arrive, il sera simple, sans chichis ni petits plats dans les grands, juste la joie d'être en famille et de déchirer tant que l'on peut tous ces papiers bariolés.

Je n'oublie pas mes blogs, ni celui-ci, ni l'autre. Eh l'autre dis, depuis qu'elle a 700 abonnés, elle est même pas fichue d'écrire une recette ... Elle est même pas fichue de faire des cookies, surtout. Le dimanche après-midi, pour tout vous dire, elle sieste.

Merci à ceux qui continuent de venir faire un tour par ici ou là-bas, pour voir si je me suis réveillée. Je ne suis pas loin, promis. Mais je vous avais prévenus : les marmottes, ça hiberne.

Avant de retourner roupiller, je vous souhaite d'ores et déjà une belle fin d'année, et des fêtes douces,  fastueuses, gargantuesques, en famille jusqu'à la quatrième génération ou en petit comité, ici, ailleurs, avec des étoiles dans les yeux et des paillettes dans les cheveux. Des fêtes comme vous les aimez. Prenez soin de vous !





dimanche 16 novembre 2014

Gogole Actualités aura ma peau

Récemment, pour être bien sûr de ne plus rien entendre des mauvaises nouvelles que me balance à la tronche chaque jour / heure / minute / notification push de mon application Le Monde DauBé, j’ai eu envie d’aller me tanquer au fond d’une grotte en Moldavie du Nord en m’enfonçant des guimauves dans les oreilles et en chantant Libérée Délivrée très fort. 

Mais bon, ça faisait loin et j’avais lu des trucs aux infos sur des dissidents moldaves du Sud qui cherchaient à envahir le Nord. Et puis selon une étude récente du « Magazine de la Santé par les plantes distillées et les insectes grillés », l’abus de guimauve dans le conduit auditif pourrait provoquer un cancer des doigts de pied. Quant à la Reine des Neiges … bon, j’ai chanté quand même.

Bref, découragée, stressée, dissuadée, craignant pour ma vie, je suis restée. Mais je devais agir pour me protéger de toute cette actualité nocive et envahissante. J’ai donc décidé de boycotter Claire C., Jean-Pierre P., Gilles B., David P., Laurent D. (ahhhh, Laurent D. …) et les autres, occupant le créneau 13h – 13h30 et 20h – 20h30 de manière beaucoup plus constructive (en écrivant ce merveilleux billet, par exemple).

J’ai tenu un certain temps, pendant lequel je me suis sentie teeeeellement mieux, tellement zen, sans ce bombardement permanent de guerres / morts / virus / drame familiaux de célébrités. Parfois, j’entendais des bribes de conversation de mes voisins de tram : « J’te jure, elle l’a poignardé ! Non mais allô quoi ! », ce qui me suffisait pour rester au courant de l’essentiel de l’actualité brûlante et ne pas être larguée au café de 9h. Si j’en entendais trop, je me mettais immédiatement à penser à Elsa mangeant des guimauves dans son château de glace en Moldavie, et tout allait mieux.

Et puis un jour, j’ai été faible. J’ose à peine l’avouer ... Nous parlions radio avec mes collègues, j’essayais de faire bonne figure. Ils se sont soudain mis à me parler d’Europe 1, mais alors, avec un tel engouement, je vous jure, ça m’a … donné envie. Ça m’a chauffée. J’ai eu envie d’écouter. Carrément. Alors le lendemain matin, dans la voiture, j’ai quitté le gros co-con rigolard de mon habituelle radio trop fun hinhinhin, et j’ai zappé. Ne me demandez pas la fréquence de la station, j’ai oublié. Comme tout ce qui s’est passé ensuite. Tout ce dont je me souviens, c’est que des voix se sont élevées dans l’habitacle, soudain très sérieuses. J’ai entendu des mots comme « débat », « majorité », « gouvernement », « alliance », « Bernadette Chirac » (???). Puis plus rien. Le trou noir. Les résultats des examens médicaux faits a posteriori ont révélé que j’avais fait ce que les médecins appellent un micro-coma, une sorte d’état second dans lequel le corps se plonge pour se préserver lors d’un trop grand traumatisme. Étrangement, j’ai pu continuer à conduire et arriver à bon port. Mais la science et moi-même ignorons comment.

J’avais décidé de tirer les leçons du passé de la semaine dernière, et de ne plus JAMAIS réitérer cette « near-death experience ». Et pourtant … ce midi, pendant ma pause, je ne sais pas ce qui m’a pris. L’ennui, la fatigue, la folie. D’un coup de souris, paf, j’ai cliqué sur Google et paf, sur Actualités. Et j’y ai vu ça : 

Déçu déçu.

Miaou ?

Actu brûlante pour la rétine et les neurones

Sachez que je vous écris de l’au-delà.